Emirates Fuites

Le Gulf Centre for Human Rights dépose une plainte en France contre NSO Group pour l’utilisation du logiciel espion Pegasus

10

Le 28 juillet 2021, le Gulf Centre for Human Rights (GCHR) a déposé une plainte en France contre la société israélienne de logiciels NSO Group, qui est responsable des préjudices causés aux défenseurs des droits humains dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENA). Des militants des droits de l’homme, des journalistes et des avocats du monde entier sont la cible de logiciels malveillants vendus à des gouvernements autoritaires par une société de surveillance israélienne.

Les avocats spécialisés dans les droits de l’homme William Bourdon et Vincent Brengarth ont déclaré après le dépôt de la plainte auprès du procureur de la République français : “Il est essentiel, dans l’ensemble du monde arabe, de se faire le porte-parole des grands journalistes et militants des droits de l’homme qui ont été espionnés, et de traduire en justice les auteurs de ces violations.”

La plainte note : “Ces révélations interviennent également à un moment où la liberté de la presse est menacée à travers le monde, notamment dans un contexte d’intensification des crises dues à la pandémie de Covid-19.” La vente de Pegasus à des gouvernements répressifs par NSO Group “porte atteinte à la liberté d’expression, à la liberté de la presse et au secret des sources.”

Les divergences croissantes entre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis

 

Parmi les personnes ciblées par le logiciel Pegasus de NSO Group figure Ahmed Mansoor, un défenseur des droits de l’homme qui purge actuellement une peine de dix ans dans la prison d’Al-Sadr aux Émirats arabes unis (EAU), et qui est un membre du conseil consultatif du GCHR. Il était connu pour avoir été pris pour cible en 2016 avant son arrestation en mars 2017.

La plainte mentionne Mansoor ainsi que deux autres défenseurs des droits humains dont on ignorait jusqu’alors qu’ils avaient été pris pour cible, la défenseuse des droits humains émiratie Alaa Al-Siddiq, militante émiratie et directrice exécutive d’ALQST for Human Rights, qui a été tuée dans un accident de la route en juin 2021, et le défenseur des droits humains saoudien Yahya Al-Assiri, fondateur d’ALQST. Al-Siddiq et Assiri se sont tous deux installés au Royaume-Uni pour fuir les persécutions, et ont été pris pour cible en raison de leurs activités pacifiques et légitimes en faveur des droits humains, hors et en ligne. Ils ont également tous deux été impliqués dans des projets et des activités avec le GCHR.

La semaine précédente, deux autres plaintes ont été déposées en France contre NSO Group, l’une par le journal Médiapart. Une autre déposée par Bourdon et Brengarth au nom de Reporters sans frontières (RSF) ainsi que par deux journalistes ayant la double nationalité française et marocaine, Omar Brouksy et Maati Monjib.

Dans une action conjointe menée par la MENA Surveillance Coalition, la GCHR, Access Now et d’autres organisations ont protesté contre “le ciblage scandaleux de centaines de journalistes et de militants en Arabie saoudite, au Qatar, en Algérie, au Bahreïn, aux Émirats arabes unis, au Liban, au Maroc, en Turquie et en Égypte – dont beaucoup font depuis longtemps l’objet de surveillance, de harcèlement, d’arrestation, de torture et d’assassinat”. Les dernières révélations “réfutent les affirmations infondées répétées du groupe NSO selon lesquelles ses logiciels espions sont exclusivement utilisés pour dissuader la criminalité et le terrorisme”.